Avertir le modérateur

02/04/2008

Grand Corps Malade, un monopole au détriment du Slam

848276e10395902d86cdc207765e1e1a.jpgNe vous méprenez pas, le Slam a bien changé depuis ses débuts. Certes, Grand Corps Malade a eu le mérite de faire connaître cette culture au grand public. Mais ce slameur est loin d’être le seul à avoir des textes forts à Paris comme à Lille.

La réussite de cet artiste occulte des talents tout aussi monstrueux que lui, qui ne parviennent pas à être connus. Des slameurs comme Souleyman Diamanka, Le Robert, Luciole, Néobled, Dagobleen, Sé!sma et bien d’autres, tous sur Paris, ainsi qu’Akata sur Lille, m’enchantent toujours autant lorsque j’écoute leurs textes. Et depuis, de grands Mcs comme Rocé, Kery James et Oxmo Puccino se sont mis au Slam.


"J'ai vibré, je suis charmée, les textes sont poignants de poésie, de vérité, ancrés dans la proximité et le quotidien, sans être chiants ou plats", écrit Zora du 9 Cube "Chronique ma banlieue", à propos de Grand Corps Malade.
Je ne peux m’empêcher de vous proposer de faire l’effort de découvrir cette culture par vous-même, plutôt que de vous cantonner à ce que les médias ont bien voulu vous laisser écouter. Avec le succès de Grand Corps Malade, ceux-ci risquent de cristaliser un mouvement encore jeune sous une seule forme, un seul style, alors que de nombreux types de Slam, complètement différents, existent.
Les médias ont tendance à traiter la culture du Hip-Hop et du Slam avec une ignorance et un mépris parfois criant de bêtise. Dernièrement, on les a vu encenser Abd Al Malik parce qu’il citait Sartre et Epictète. Il est nécessaire d’arrêter rapidement les clichés ! En quoi est-ce révolutionnaire ? N’ont-il jamais vu un enfant d’immigrés cultivé ?  La culture du Slam ne se limite pas à Grand Corps Malade et Abd Al Malik !


Une session Slam au Trabendo

"Le vinaigre, ouais je connais…"
"Après une longue tournée (120 dates) et deux Victoires de la Musique, le slameur sort un second album, Enfant de la ville. L'amour, la ville, la vie... Il y mêle, avec un certain succès, expressions populaires urbaines et lyrisme fleur bleue, sur fond de musiques assez banales. Même recette pour mêmes effets", relatait un article de 20 Min sur Grand Corps Malade, à l’annonce de la sortie de son nouvel album.

A l’époque, des clandés (paumés, anciens tolards voire toxicos, etc.) se retrouvaient dans des bars pour échanger leur poésie et leur histoire (comme le très décrié Pilote le hot ou encore Shakyamuni, l’auteur des "Amour" parisiens). Quelques années plus tard, le Slam devenait un mouvement culturel, riche en potentiel. C’était au début des années 2000 en France.
Maintenant, on ne connaît du slam que l’album « Midi 20 » et surtout, l’artiste Grand Corps Malade. Or, le Slam, ce n’est pas que ça. C’est avant tout une culture basée sur l’oralité et la rencontre de personnes qui partagent la même passion pour les textes scandés. "Un texte dit, un verre offert". Aujourd’hui, il suffit de se présenter comme slameur, pour qu’une mairie vous sorte le tapis rouge lors d’un événement culturel et vous propose d’organiser une scène Slam avec un cachet en prime. Certains de mes amis parviennent ainsi à « vivre » du Slam et à obtenir le statut d’intermittent du spectacle.


Sé!sma, un ancien rappeur venu au Slam 

"Alors le miel je l’apprécie"
Mais depuis le succès de Grand Corps Malade, le mouvement a bien changé. Alors qu’à ses débuts, le Slam était en ébullition et se cherchait, chaque artiste faisait du mouvement un courant riche par sa diversité.
Il est un faux problème que les jaloux posent aisément et qui apparaît chaque fois qu’une culture commence à être reconnu : les artistes doivent-ils rester "underground" ? On se souvient du morceau d’IAM "Reste underground" qui mettait un terme à cette discussion stérile. Les artistes doivent vendre, pour accéder à la reconnaissance, quoi qu’on en dise.

free music


"Je suis entré dans un système commercial, mais ça ne veut pas dire que je suis un salaud. Aujourd'hui, je suis très occupé. Mais je n'ai pas changé de vie, ni de goûts. Le succès ne m'a pas changé la vie, le slam si", a ainsi confié Grand Corps Malade sur 20 Min. "Le succès ne l'a pas étourdi : Fabien habite toujours Saint-Denis, anime toujours des ateliers slam", estimait Zora du 9 Cube, sur son blog "Chronique ma banlieue" il y a quelques jours.

Et c’est vrai : Grand Corps Malade a eu le mérite de faire consensus. Pendant les scènes Slam avant son succès commercial, tout le monde appréciaient ses prestations. Mais les jaloux lui reprochent toujours son passage chez Ardisson qui lui aurait permis de percer.

Seulement, le Hip-Hop a énormément souffert des caricatures que les médias lui ont fait dans les années 1990. Ne laissons pas à nouveau une culture, riche en promesses et capable de réconcilier les courants par sa diversité, se faire squléroser par deux ou trois clichés vieillos. Si vous voulez découvrir le Slam, déplacez vous. Allez dans des rades pourris, vous trouverez toujours une scène Slam avec quelques péquenots venus échanger leurs textes. Bien sûr, vous vous exposerez au risque d’écouter neuf textes très médiocres pour en découvrir un très bon, mais le déplacement vaut le coup. Comme dirait Néobled : "Le miel ne serait pas le miel sans le vinaigre. Le vinaigre ouais, je connais alors le miel je l’apprécie" !

 


Un clip de Souleyman Diamanka, qui se base sur la tradition des griots africains. 

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu