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28/02/2008

Prostitution dans le Vieux Lille

UN COUP DE BALAI DANS LE VENT

A l’approche des élections municipales, les habitants du Vieux Lille se font de plus en plus virulents auprès des autorités.75ecb86096040f17bfe01c9ceb9b61fa.jpg

Lors d’une réunion d’information organisée à la mi-février par les élus, des pétitionnaires ont exprimé leur gêne de voir la prostitution, jusqu’à présent circonscrite à l’avenue du Peuple-Belge dans le Vieux Lille, prendre des dimensions spectaculaires : relations sexuelles dans la rue, agressions, présence de proxénètes… En réponse, la police a multiplié les opérations anti-prostitution. Mais les mesures électoralistes de la Mairie et les rafles risquent de rendre le problème encore plus complexe en le déplaçant loin des quartiers résidentiels.


La pression des habitants du Vieux Lille semble ainsi avoir donné raison à l’approche sécuritaire du problème de la prostitution. Mais la législation de 2003 interdisant le racolage transforme la victime principale de ce trafic, la prostituée, en délinquante.

La Mairie du Vieux Lille été mise au pied du mur. Et a fini par céder. Mardi dernier, le Maire, Marc Bodiot, a reçu les habitants du quartier et s’est engagé, avec les services de police, à du concret. Résultat, la police a augmenté la fréquence des patrouilles et la Voix du Nord titrait jeudi dernier :
« Les opérations anti-prostitution se multiplient, avenue du Peuple-Belge ».


Or l’objectif n’est pas d’enrayer la prostitution. Juste de la rendre moins visible jusqu’aux prochaines élections. Mais Stéphanie Pryen, Maître de conférence à l’Université Lille 3, estime que l’on a assisté depuis plusieurs années « à diverses tentatives policières visant à déplacer [la prostitution] du quartier historique vers un lieux périphérique sans habitat ». Cependant, aucune politique cohérente de lutte contre la prostitution n’a jusque-là été élaborée. Interrogées, les autorités se montrent démissionnaires.

« On ne peut pas faire plus », convient-on à la Mairie de Lille.


La Mairie du Vieux Lille est plus critique bien qu’on se refuse à tout commentaire public. Pour Stéphane Dumont et Philippe Chevalier, conseillers départementaux de Aides Nord-Pas-de-Calais en 2004, les forces de l’ordre auraient « tout à craindre de voir se fondre [la prostitution] dans la nuit », ajoutent-ils.

« Un arsenal policier ne sera pas plus dissuasif ».


db4429036845a908acbbcfc159d36e16.jpgTrafic d’êtres humains à Lille
C’est que l’ordre public est assuré par la police municipale. Toutefois, elle ne dispose pas des compétences nécessaires pour enquêter et intervenir directement sur le problème de la prostitution. Mais la lutte policière contre la prostitution, elle, est du ressort de la préfecture et de la police nationale. L’impulsion a dorénavant été donnée par les pétitionnaires pour que celles-ci limitent les nuances.

Toutefois, on est encore loin d’une véritable politique de lutte contre la prostitution. Dans un communiqué du 21 février, l’association Le Nid, qui aide les prostituées à se construire des projets de réinsertion, dénonçait « le nettoyage à courte vue des trottoirs de la prostitution ». Pour Bernard Lemettre, président de l’association, une politique cohérente de lutte contre la prostitution passe par la suppression du délit de racolage, l’inclusion dans le droit du principe de responsabilité des clients et l’application réelle de la loi sur la répression du proxénétisme, en plus de l’aide aux victimes de la prostitution à la réinsertion.

« Toute action politique cohérente nécessite une action sur l’opinion publique », martèle-t-il. « Ceux qui font des pétitions contre la prostitution dans leur quartier sont les mêmes qui pensent qu’elle est nécessaire pour éviter les viols. Ils ne veulent pas la voir en bas de chez eux ».

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Car on a tôt fait d’occulter la véritable pierre d’achoppement de la prostitution : l’esclavage, le trafic d’êtres humains et la marchandisation du corps de la femme. S’il y a prostitution, c’est qu’il y a encore pauvreté, dans laquelle les femmes seules sont les principales victimes. C’est la nécessité qui les pousse à se prostituer.

« J'ai un peu honte, mais je suis fauchée », peut-on lire dans les forums. « Criblée de dettes, j'accumule les petits boulots et je travaille dix-neuf heures par jour sans repos depuis six mois. Je n'en peux plus. Je suis trop prise à la gorge. Je me suis donc lancée. J'ai établi un site Internet. En douze heures, j'ai reçu une centaine de messages. J'ai fait ma sélection, ça sera un homme apparemment charmant. L'heure est à trois cents euros. Nous avons rendez-vous dans un hôtel de luxe mardi matin… Etre une pute ou une escorte c'est exactement pareil. Sauf que l'on a apparemment plus de chance de ne rien faire à part accompagner le client ».

 

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